Retour

Le meilleur est "avenir" Episode 04

Publié le : 1 mars 2021 à 11h06

Episode 04 # Claude CUTAJAR

Aujourd'hui c'est avec Claude CUTAJAR que nous continuons cette série d’entretiens avec des amis, amateurs et collectionneurs pour maintenir le lien avec la communauté.

Claude : es-tu prêt pour cette interview ?

Je l’attendais avec impatience. C’est très rare que l’on donne la parole à un acheteur pour qu’il témoigne de son intérêt pour une œuvre et de sa décision de l’acheter. Je trouve que c’est une très bonne idée. 

Peux-tu nous dire quelques mots sur toi et ta rencontre avec Vincent ?

Passé 50 ans, je compte bien être en « negative split* » pour la seconde partie de ma vie. Je travaille avec et pour des artisans et des chefs d’entreprise du bâtiment au sein d’une organisation professionnelle, la CAPEB. Celle-ci a pour vocation de les défendre et les promouvoir tout en leur apportant une gamme de services spécifiques. 

J’ai toujours couru mais mon premier Marathon date de 2008. D’origine grecque, j’ai eu l’occasion de courir le vrai Marathon 5 fois et surtout de participer à l’édition du 2500ème anniversaire. C’est lors de l’expo du Marathon de Paris que j’ai rencontré sur son stand Vincent DOGNA, dont la simplicité et l’humilité n’ont d’égal que son talent. Compte tenu de mes contraintes professionnelles, je cours moins assidument que par le passé, toutefois j’ai convaincu des artisans du bâtiment qui pratiquent la course à pied – et ils sont nombreux – de partager leurs foulées aux miennes, notamment lors de la Marche rose.

Claude Cutajar - Vincent Dogna

Quel est ton rapport avec l'art ?

J’aime l’art. Je crois que j’aurais voulu être mécène si mes moyens financiers me l’avaient permis. Lorsque j’ai rencontré Vincent, je possédais déjà plusieurs tableaux. J’ai aimé immédiatement le dessin et son style particulier. Le prix des tableaux m’est apparu très raisonnable. Pour être tout à fait franc, je trouve même que la qualité du travail réalisé par Vincent devrait être davantage reconnue et donc être plus valorisée. Le premier tableau que je lui ai acheté, «KM de Paris», était hyper réaliste : il représentait ses chaussures avec la tour Eiffel et son dossard.  Le tableau était très bien dessiné, et en même temps très simple, comme une nature morte. Si j’ai acheté ce tableau, c’est que j’ai porté les mêmes chaussures lors de mon premier marathon à Paris. Ce tableau m’est très proche, c’est un clin d’œil à mon premier marathon : c’est comme si ce tableau était une commande, en mieux.

Le deuxième tableau, «Sortie Hivernale», je l’ai installé chez moi. Il représente un coureur à la morphologie pas très athlétique dans un paysage boisé et enneigé. Je suis habitué à courir dans le bois de Boulogne. Et quand mon frère a vu le tableau, sa question a été : c’est toi sur le tableau ?

En me rendant chez Vincent, j’ai vu le travail de recherche, les techniques utilisées pour réaliser une œuvre. J’ai ensuite fait l’acquisition de deux tableaux et un tirage d’art que j’ai mis en scène dans mon bureau en les positionnant de manière très porteuse de sens pour moi. Lorsque je suis assis à mon bureau, je vois des gens en train de courir : cela me donne un horizon. 

J’ai constitué un « triptyque » avec ces trois œuvres qui ont, pour moi, une résonance très forte ; ils constituent une leçon de vie, une allégorie. Le premier, « Solo Homme », représente un homme seul qui court ; c’est un peu moi au début de ma vie. Ensuite, «Trio Femme », l’idée est de rejoindre ces femmes, et juste éprouver le plaisir de les voir de dos. Il se trouve que la femme du milieu a tout à fait la morphologie de ma femme. Et enfin, le tirage d’art « Together » : un homme et une femme qui courent ensemble. La symbolique est donc pour moi : j’étais seul, j’ai choisi une femme et elle m’a rejoint dans la course.

 

C’est donc une histoire très personnelle que tu retrouves dans les tableaux de Vincent. ?

Tout à fait.

 

Est-ce que tu y trouves autre chose encore ?

Oui. Même si j’ai toujours recherché des choses très personnelles dans les tableaux que j’ai achetés, c’est encore plus la rencontre entre le vécu de Vincent et le mien que j’apprécie. Son talent, c’est aussi résumer la course et en extraire l’essentiel : la concentrer, restituer le mouvement et les sensations, les sentiments, les émotions que l’on peut avoir quand on court. Je vois dans les tableaux une forme de pureté, d’équilibre permis grâce à la ligne bleue du marathon. En les regardant, j’ai souvent l’impression que les pieds des coureurs ne touchent pas le sol. C’est comme si le coureur volait un peu. C’est être en suspension, en lévitation. Avec le temps qui se suspend, c’est la sérénité que je ressens : la méditation à travers le running. 

Dans ses tableaux, je trouve aussi matière à faire un parallèle très fort entre la course et l’univers professionnel. J’ai participé à des conventions d’entreprises durant lesquelles des sportifs de haut niveau ont apporté leur témoignage et révélé des valeurs proches de celles de l’entreprise pour se dépasser. Je suis persuadé que les grandes entreprises du CAC40 par exemple auraient un grand intérêt à organiser des expositions avec les tableaux de Vincent, dans leurs sièges ou lors de leurs assemblées générales, pour illustrer concrètement leurs valeurs d’entreprise comme la volonté, l’effort, la persévérance, la force, l’endurance. Le bénéfice serait mutuel : reconnaitre la valeur artistique du travail de Vincent et porter haut les valeurs de l’entreprise. 

Je pense aussi que notre ministère des sports devrait mettre en avant les créations de Vincent. J’espère qu’à l’occasion des Jeux de Paris en 2024, une opportunité sera donnée à Vincent pour illustrer le marathon et ainsi contribuer à reconnaitre son travail. 

Au moment où notre société semble vouloir évoluer vers plus de respect de l’écologie, quoi de plus fort que le dénuement du coureur représenté par Vincent, sans le décorum, sans les vêtements pour l’illustrer ? Ici, on est face à soi-même : pas question de se mentir.

 

C’est donc une chance d’avoir rencontré Vincent.

Tout à fait. C’est d’autant plus fort que généralement, l’artiste n’est pas présent lors des expositions. Là, je l’ai rencontré. J’ai pu échanger avec lui. J’ai même pu le voir «en privé», hors des expos. J’ai la chance de faire des marathons et d’avoir rencontré l’artiste qui transforme cette course en art. Et ceci avec une grande cohérence puisque lui-même est marathonien.

 

Pourquoi acheter un tableau plutôt qu’une reproduction ?

Je me souviens avoir adoré l’exposition Caillebotte au Grand Palais; c’était en 1994. Impossible de faire une acquisition bien sûr, mais j’ai acheté le catalogue de l’exposition : quelle déception ! Là, j’ai compris que la force du tableau, c’est le tableau lui-même. Aussi bonnes soient-elles, les photos ne restituent pas cette force. C’est pour cela qu’il faut aller dans les musées. Acheter un tableau, c’est reconnaître le travail de l’artiste, c’est aussi un peu « s’approprier » sa force.

 

Pourquoi acheter un tableau de Vincent ?

Vincent fait beaucoup de recherches sur des techniques différentes, il marie la texture du support avec les couleurs de la peinture. Seuls les tableaux originaux restituent ce travail.

 

Un message pour finir cette interview ?

Acheter un tableau de Vincent, c’est vouloir rester dans la course.

 

Un grand merci Claude de nous avoir accordé de ton temps. 
Propos recueillis par Eric Lenoir .

Claude Cutajar

1 Commentaires

Fleuriste Italie

C'est vraiment un plaisir d'entendre parler un artiste nous parler de son art... merci d'ouvrir cet espace à la discussion.

Ecrit le 14/12/2023 à 19h06

+ Ajouter un commentaire