Le meilleur est "avenir" Episode 02
Publié le : 22 janvier 2021 à 18h03
Episode 02 # Stéphane DIAGANA
Dans la précédente News, nous avons débuté une série d’entretiens pour maintenir le lien avec la communauté. La première personne à avoir joué le jeu est Eric LENOIR et c'est lui qui va réaliser les interviews suivantes.
Aujourd’hui, nous poursuivons ces Interviews avec Stéphane DIAGANA qui va évoquer un souvenir marquant de son parcours, son rapport avec l'art et ce qui l’a motivé à faire l'acquisition d'une œuvre.
Stéphane, peux-tu nous dire quelques mots sur les moments forts de ta carrière de sportif de haut niveau ?
C’est certain que la victoire a une saveur particulière, mais elle ne prend de sens qu’avec le travail qui a été réalisé pour la construire. C’est pour cela que je mets toujours en perspective les victoires et la déception que l’on peut éprouver lors d’un échec. Plus que la victoire, ce que j’apprécie le plus, c’est la chance de vivre cette vie-là et de recevoir tout ce que le sport a pu m’offrir. J’ai été très heureux, et je ne regretterai jamais l’exigence que peut avoir le sport de haut niveau même si, parfois, c’est un peu cruel. Je retiens la découverte de son rapport aux autres, la découverte de soi-même, de son rapport aux succès et à l’échec, à la confiance et au doute, qui sont deux sentiments positifs s’ils s’expriment au bon moment, à la notion d’ego, indispensable à l’ambition de celui qui veut devenir champion, tout comme l’est l’humilité à celui qui veut le rester, des choses tellement importantes dans la vie. Et j’ai pu en plus vivre cette période de manière harmonieuse en rencontrant des entraîneurs qui avaient une approche très, très humaniste de la performance : c’est une chance.
Peut-on dire que le relais 4x400 des championnats du monde 2003, au stade de France,
a été un moment «spécial» ?
Oui, d’autant que j’ai dû faire avec les moyens du bord. J’ai dû partir lentement car j’avais un problème à la cuisse. J’avais dit aux gars sur le terrain d’échauffement que si je partais comme d’habitude, ça pouvait lâcher. J’avais même dit que j’étais d’accord pour que ce soit le remplaçant qui fasse la course pour l’équipe. Mais mes partenaires étaient prêts à prendre ce risque. Si l’équipe devait aller chercher le titre, c’était avec moi. Ça s’est fait comme ça : c’était une belle aventure.

Quel rôle a joué le public du Stade de France ?
Je ne le savais pas à ce moment-là, mais c’était ma dernière course en équipe de France. J’avais peur de pas pouvoir apporter ce que je pouvais apporter au relais. En plus de la confiance accordée par les gars sur le terrain, le public m’a libéré. La pression était forte, mais ce public, dans le stade, qui criait "Allez les Bleus, allez les Bleus", c’était de l’inédit. Je me souviens avoir croisé le regard d’un américain, qui a levé la tête et qui semblait se demander ce qu’il allait pouvoir faire dans ces conditions (les américains ne sont pas habitués à une si grande ferveur dans les enceintes d’athlétisme, chez eux). Alors je me suis dit : de toute façon, tu ne peux pas faire autre chose que ton maximum, et après, on verra bien. A partir de ce moment-là, j’étais beaucoup plus serein. En fait, je sentais qu’on avait le public derrière nous, qu’il nous aimait et qu’il avait envie qu’on fasse de belles choses. Je me suis dit que je n’avais pas mal, et qu’il fallait juste le faire et que de toute façon, le public était bienveillant.
Une grande émotion alors.
Est-ce que cette émotion peut expliquer un rapport avec l’art ?
Oui, tout à fait. C’est une vraie passerelle, je crois. Je n’ai pas envie de te dire que le sport c’est un art. Mais le sport procure des émotions aussi chez le spectateur dans l’instant. C’est éphémère mais bien réel. Le sport est capable de créer une relation, un lien. C’est une dimension artistique aussi parce qu’il est capable de créer une émotion unique, et individuelle parce que chaque spectateur ou spectatrice la vit différemment. Un moment sportif va faire écho pour chaque personne, de manière unique et différente.
Quand on regarde un tableau, la relation est elle aussi unique parce qu’elle fait appel à son vécu, son parcours. On ne voit pas les mêmes choses ; on a tous des perceptions différentes. Il y a pas mal de points communs.
C’est vrai qu’on peut voir des choses parfois même différentes de ce qu’a voulu exprimer l’artiste.
Ah oui, c’est vrai. C’est vraiment tout à fait personnel. L’œuvre échappe toujours à l'artiste. Il a certainement une intention, mais c’est le problème de la différence entre ce qu’on pense envoyer comme message, ce qu’on envoie, et ce que les gens personnellement vont recevoir. C’est toujours, toujours différent. Quand j’entends des critiques d’art déclarer que l’artiste a voulu exprimer ceci ou cela je me dis ..oui,… peut-être,… peut-être. Mais, en fait, on ne sait pas, le plus souvent. J’aime beaucoup regarder des œuvres de manière assez détachée ; en n'étant pas guidé par l’histoire de l’artiste. Je préfère dans un premier temps regarder et faire ma propre proposition d’histoire. Et ensuite seulement, j’échange pour comprendre l’artiste, l’œuvre, son contexte, la volonté de l’artiste.
Te souviens-tu quand tu as remarqué le travail de Vincent ?
Je pense que cela doit bien faire dix ou quinze ans. C’était sur un village exposition.
Sais-tu ce qui t’a attiré dans ses œuvres ?
C’est sa capacité à percevoir. Moi, j’aime courir. J’aime la foulée libre. J’aime la course légère. Vincent sait très bien saisir ce temps de la suspension tant recherché. C’est ce que je vois dans ses toiles. Je me suis dit qu’il fallait être coureur pour pouvoir saisir ça. Ou qu’en tout cas, il fallait un grand amour de la course à pied pour y parvenir. C’est ce qui m’a attiré. J’ai été interpellé par son talent. C’est le dénuement de la course sur route, ou sur la piste, que je retrouve par opposition au trail qui, pour moi, ne me permet pas la liberté de la foulée que je recherche. Vincent saisit très bien tout cela. Dans ses tableaux je ressens la pluie, l’odeur de l’asphalte mouillé, des choses que j’ai déjà vécues, la présence des autres,… Cela fait écho en moi.
Pourquoi as-tu décidé d’acheter un de ses tableaux ?
Il fallait déjà pouvoir se le permettre et j’avais cette chance là. J’en suis conscient. Décider d’acheter un tableau a été assez facile pour moi, et puis, cela me faisait plaisir de soutenir Vincent. Ce n’est pas toujours facile de vivre de sa passion, j’ai eu cette chance là, j’en suis aussi conscient ! J’avais envie d’avoir le tableau chez moi, et de prendre plaisir à le regarder à volonté.
Où as-tu installé ton tableau ?
Je l’ai installé dans mon bureau. Acheter le tableau, c’était aussi le moyen pour moi de le partager avec mes relations de travail, et voir comment réagissent mes amis lorsqu’ils découvrent l’œuvre.
As-tu eu cette démarche avec d’autres œuvres, ou artistes ?
Oui, avec Pierre QUINON, qui était peintre également. Je possède une de ses œuvres. Les raisons sont là très particulières compte tenu de mon amitié pour Pierre, et les conditions de son départ. Je le retrouve dans son œuvre, et j’aime voir les réactions que son œuvre produit.
Que dirais-tu à une personne qui hésite à acheter un tableau ?
J’ai deux frères ainés sensibles à la peinture et à l’art. De mon côté, j’étais plus attiré par la photo. Et puis à un moment, j’ai commencé à prendre plaisir à découvrir les émotions qui se cachaient derrière le tableau, la peinture. C’est une œuvre qui parle et ouvre les portes ou interroge ; c’est peut-être une question de maturité. L’envie de voir plus et découvrir les artistes devient plus forte. A une personne qui hésite à acheter une œuvre, j’ai envie de dire que ce n’est pas grave, ça viendra peut-être. Parfois il ne faut pas se forcer, attendre l’envie. La vie crée aussi les conditions pour être réceptif ou pas, pour en avoir les moyens ou pas… malheureusement !
Acheter une œuvre c’est, avant tout, une vraie rencontre.
Un grand merci Stéphane d’avoir accepté cette Interview
et de nous avoir accordé de ton temps.
Nouvelles collaborations
Depuis des années, en cette période de Janvier, je vais exposer en Bretagne sur les Métropolitaines de Saint-Grégoire. Evidemment en raison du contexte actuel, il n'y a pas eu d'exposition. L'organisation a maintenu une course virtuelle et m'a commandé un visuel pour des tirages d'art, un T-Shirt et une médaille virtuelle que nous avons réalisé en collaboration avec l'équipe de Air Trophy.



